Titre original: « Predicting acute severe toxicity for head and neck squamous cell carcinomas by combining dosimetry with a radiosensitivity biomarker: a pilot study » publié en mai 2022 dans le journal “Tumori Journal”.

Intérêt de l’étude

La radiothérapie (RT), utilisée seule ou combinée avec la chirurgie et/ou la chimiothérapie joue un rôle essentiel dans le traitement de plusieurs types de cancers dont font partie les cancers des voies aériennes et digestives supérieures. Ces cancers appelés plus communément cancers de la tête et du cou représentent 15% des cancers chez les hommes dans le monde (HNSCC pour « Head and Neck Squamous Cell Carcinomas »).

➡️50% des patients irradiés présentent des toxicités aigües pendant le traitement ou dans les 3 mois post-radiothérapie.

➡️Environ 10% des patients irradiés présentent des toxicités tardives qui peuvent avoir un impact important sur la qualité de vie et donc sur la survie de ces patients.

➡️Les modèles de probabilité de complication du tissu normal (NTCP), basés sur des données dosimétriques, ont affiné les directives de tolérance de dose/volume du tissu normal.

De récentes études ont souligné le rôle clé des tests de radiosensibilité dans la prise en charge des patients, et notamment de la protéine ATM dans la prédiction de la radiosensibilité individuelle via son transit cyto-nucléaire radio-induit. À partir de ce modèle, un test développé sur des échantillons sanguins permet de prédire à la fois la radiosensibilité individuelle et la gravité des événements indésirables de la radiothérapie (Deneuve et al, Cancers, 2021).

L’objectif de cette étude est d’établir la valeur ajoutée de la combinaison du modèle NTCP/dosimétrie avec un test sanguin binaire de radiosensibilité basé sur la quantification de la protéine pATM (RADIODTECT®) pour prédire la toxicité de la RT chez les patients atteints d’un cancer de la tête et du cou.

Méthode

  • 1e cohorte rétrospective de 53 patients atteints de cancers tête/cou : définir les valeurs seuils de RADIODTECT® (57,8 ng/mL pour une toxicité de grade ⩾2 et 46 ng/mL pour une toxicité de grade ⩾3)
  • 2nde cohorte de validation effectuée sur une cohorte rétrospective de 36 patients traités par RT post-opératoire. La toxicité a été classée selon l’échelle CTCAE (Common Terminology Criteria for Adverse Events) et deux critères ont été considérés :
  • Mucite buccale * de grade ≥2 (OM2), mucite de grade ≥3 (OM3)
  • Dysphagie ** de grade ≥2 (DY2), dysphagie de grade≥3 (DY3)

➡️ La quantification de la protéine pATM a été évaluée dans les lymphocytes de ces patients (RADIODTECT®).

➡️ Le pouvoir de discrimination du test RADIODTECT® a été évalué par une analyse ROC (détermination de l’AUC).

➡️ Deux modèles NTCP précédemment décrits ont été pris en compte, à savoir la dose à la cavité orale et la dose moyenne aux glandes parotides (pour OM2 et OM3) et la dose à la cavité orale, au larynx et le volume des muscles constricteurs du pharynx (pour DY2 et DY3).

Résultats

La combinaison des modèles NTCP avec le test sanguin RADIODTECT® améliore l’AUC à la fois pour la prédiction des mucites mais également pour les dysphagies aiguës (figures : courbes rouges).

  • Prédiction des mucites : AUCNTCP+RADIODTECT®=0,80 pour OM2

AUCNTCP+RADIODTECT®=0,78 pour OM3

 

  • Prédiction de la dysphagie aiguë : AUCNTCP+RADIODTECT®=0.71 pour DY2 et pour DY3.

 

Conclusion

Cette étude pilote a permis de mettre en évidence que l’utilisation du test RADIODTECT® dans un centre de recherche en combinaison avec des modèles NTCP pourrait améliorer de manière significative la prédiction des toxicités pour les patients atteints de cancers de la tête et du cou.

 

Lexique

* Mucite buccale

Les sécheresses buccales sont l’un des effets indésirables fréquents observé avec la radiothérapie, notamment lorsque les rayons concernent une zone proche de la gorge et/ou du cou. Il existe plusieurs types de troubles dont le plus courant est la mucite, c’est-à-dire une irritation des muqueuses qui tapissent la cavité buccale. Celle-ci peut conduire à la survenue d’ulcérations. Une mucite peut également toucher l’oesophage et s’apparenter à un mal de gorge. La gêne occasionnée et les douleurs induites par ces ulcérations peuvent conduire à moins s’alimenter et par conséquent entraîner une perte de poids et/ou une dénutrition. Enfin, en cas de mucite importante, les médecins peuvent être amenés à réduire les doses de radiothérapie, voire à devoir stopper temporairement le traitement.

** Dysphagie

La radiothérapie peut causer une inflammation de la muqueuse de l’œsophage (œsophagite) qui se manifeste par une douleur qui peut s’accompagner d’une gêne ou d’un blocage lors de la déglutition (dysphagie). La gêne occasionnée peut également conduire à moins s’alimenter et par conséquent entraîner une perte de poids et/ou une dénutrition.